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La vie sexuelle secrète des truffes

Le dimanche 31 octobre 2010


 

Le secret et la vie sexuelle secrète des truffes noires, ce champignon rare si recherché qu’il est surnommé le "diamant noir" par les chefs du monde entier et des fins gourmets, ont été révélés par une recherche qui pourrait peut-être permettre de les rendre plus accessibles.

Depuis des années, les truffes noires ont été prisées par les êtres humains considérées comme un aphrodisiaque, mais il semble qu’elles pourraient avoir besoin de s’entraider elles-mêmes dès qu’il s’agit d’accouplement.

Les truffes noires, qui poussent sous la terre sur les racines des chênes, sont très difficiles à cultiver. Pendant des années, la raison de cette difficulté est restée un mystère, tout comme la raison précise expliquant pourquoi le précieux champignon se répandait en d’autres endroits.

Les chercheurs déclarent avoir résolu l’énigme. Ils ont trouvé que les truffes sont soit "mâle" ou "femelle", et qu’elles ne se reproduisent que sexuellement. Ceci les distingue des autres champignons qui peuvent s’auto-fertiliser et même se reproduire de façon asexuée.

Pour rendre les choses plus difficiles encore, elles tendent à s’isoler dans des colonies unisexes qui croissent dans plusieurs terrains séparés. Ces découvertes expliquent pourquoi les truffes noires, ou Tuber melanosporum, sont si rares et donc si chères.

En France et en Italie, des trufficulteurs ont eu des réussites diverses dans leurs tentatives d’imprégner les racines de chênes avec des truffes. La difficulté de faire pousser des Tuber melanosporum fait naturellement augmenter son prix, qui peut parfois s’envoler. Mais le Dr Francesco Paolocci, qui a dirigé cette étude à l’Institut Génétique des Plantes de Perugia en Italie, déclare que les résultats de son équipe pourraient permettre d’augmenter la récolte annuelle de truffes, et même d’en faire baisser le prix.

Il déclare : "on suppose depuis longtemps que la truffe ressemblait aux autres champignons, mais nous savons maintenant comment elle a besoin de l’aide d’un partenaire. Il y a des membres de deux sexualités différentes, un peu comme le mâle et la femelle. Mais nous avons découvert que les arbres individuels ne sont colonisés que par un seul type sexuel du champignon. Même quand nous commençons avec une colonie mixte, elle devient vite dominée par un seul sexe qui prend le pas sur l’autre.

"Pour produire des truffes, vous devez avoir les deux souches sexuelles qui se rencontrent d’une certaine façon, mais elles peuvent être très éloignées l’une de l’autre. Nous pensons que dans la nature animale, comme chez les chiens, les porcs ou les insectes peuvent porter les spores d’une colonie vers une autre, permettant à la reproduction d’avoir lieu." "Pour les cultiver efficacement, il faudrait porter plus d’attention à la sexualité des truffes noires quand on les plante pour s’assurer qu’il y a un mélange neutre dans les champs de truffes."

Les truffes poussent sous terre dans une relation réciproquement bénéfique avec les racines des arbres. Les champignons colonisent les racines des arbres au début de leur vie, les approvisionnant en nutriments et minéraux tout en tirant de la nourriture des racines.

Les truffes noires, souvent aussi appelées les "truffes Périgord" d’après la région française où on les trouve le plus, sont typiquement récoltées en automne ou en hiver et peuvent atteindre jusqu’à 7,6 cm de diamètre et peser jusqu’à 85 grammes.

Le sporophore du champignon, qui est la partie si recherchée des gourmets et des cuisiniers dans le monde, n’est présent que sur le sexe maternel. Les chasseurs de truffes utilisent des cochons ou des chiens, qui ont des nez très sensibles, pour trouver le champignon sous la terre.

Les concepts de mâle ou de femmes ne s’appliquent par précisément au champignon, car leurs cycles reproductifs peuvent être très complexes. La plupart des espèces peuvent se reproduire de façon asexuée sans besoin d’être fécondées, et leurs génomes ne diffèrent pas de la même façon que chez les animaux plus évolués permettant de distinguer mâles et femelles.

Au lieu de cela, les champignons se caractérisent par le type de reproduction, qui est déterminé par la production d’un nombre de phéromones avec les récepteurs qui les détectent. Des tests génétiques ont permis aux scientifiques de commencer à construire une image des types de reproduction des champignons, et des scientifiques italiens ont séquencé le génome entier de la truffe noire.

Ces travaux ont révélé que les truffes noires sont hétérothalliques, ce qui signifie que les individus peuvent n’être que d’un seul sexe. Des travaux suivants du Dr Paolocci et du Dr Rubini ont révélé que les champignons sont extrêmement délicats pour ce qui est de se mélanger avec le sexe opposé, et qu’ils tendent à former des colonies de types reproductifs séparés.

Leurs résultats, publiés dans le journal scientifique New Phytologist [1], montrent aussi que les racines des chênes tendent à être dominées par la lignée maternelle, tandis que la lignée paternelle se trouve ailleurs dans le sol.

Le Dr Paolocci ajoute : "jusqu’à maintenant, quand on cultivait ce champignon, les gens négligeaient la sexualité des truffes. Ils prenaient les racines des arbres colonisés par les champignons et les plantaient tout autour d’un champ de truffes. Mais pour avoir un terrain productif de truffes, il faut avoir les souches mâle et femelle."



 
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